Sommeil de bébé : Endormissement difficile, nuits en pointillés, réveil aux aurores… Les premières semaines avec un nouveau-né sont rarement de tout repos. Mais quand cela ne passe pas ? Quand passés six ou neuf mois, les problèmes de sommeil perdurent, s’installent, et déstabilisent la vie de toute la famille, que faire ? Explications et conseils avec Lyliane Nemet-Pier, psychologue clinicienne et psychanalyste.

Sommeil de bébé : Tout s’explique

“Alors ça y est, il fait ses nuits ?” Cette question rituelle, tous les jeunes parents l’entendent. Douloureusement parfois pour ceux qui enchaînent les nuits blanches avec leur bébé. Car jusqu’à un an, un bébé sur quatre continue de s’éveiller une ou plusieurs fois par nuit. « Les problèmes de sommeil font partie du développement normal de l’enfant, relativise Lyliane Nemet-Pier. D’ailleurs, jusqu’à six mois, on ne peut pas parler de trouble. C’est passé cet âge, et lorsqu’ils s’installent sur la durée qu’ils le deviennent. Non pas qu’ils mettent l’enfant en danger, mais parce qu’à la longue, ils peuvent entraver les relations entre les parents et leur bébé, perturber l’équilibre familial, rejaillir sur le couple, et parfois même, être à l’origine de violence, voire, de maltraitance. »

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Pour faire face aux troubles nocturnes de leur enfant, les parents pensent souvent avoir tout essayé : câlins, berceuses, tétines, veilleuses, partage du lit… « En réalité, explique la psychologue, ils ne réalisent pas toujours à quel point le sommeil se prépare tout au long de la journée, et non pas seulement au moment du coucher. » Ainsi, elle explique que la qualité de la nuit d’un bébé dépend de trois conditions : qu’il ait reçu sa dose d’affection dans la journée, qu’il apprenne à affronter les séparations et à jouer seul de plus en plus longtemps dans la journée pour pouvoir les supporter le soir, et enfin, qu’il soit accompagné au lit jusqu’à ce qu’il puisse se passer sans anxiété de cet accompagnement.

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« Tout trouble du sommeil peut disparaître, affirme la psychologue. Mais les parents, lorsqu’ils n’en peuvent plus, ne doivent pas hésiter à demander l’aide d’un spécialiste. Souvent, une longue consultation suffit. » Pour balayer quelques idées fausses, identifier les erreurs commises en croyant bien faire, s’ouvrir à de pistes nouvelles… Voilà ce qu’elle nous propose de faire pour les cinq cas qui suivent, choisis parmi les plus fréquemment rencontrés chez l’enfant de 0 à 1 an.

Sommeil de bébé : Mon bébé dort peu et confond le jour et la nuit

« Dans ce cas-là, remarque Lyliane Nemet-Pier, on entend souvent les parents dire “C’est un petit dormeur”. En réalité, un bébé devrait dormir plus qu’il n’est éveillé. Le sommeil est indispensable au développement de son cerveau. À une période de vie où les phases d’éveil sont extrêmement riches en découvertes, où tout ce qu’il vit le fatigue énormément, il a besoin de beaucoup de repos. »
 Face à un bébé qui paraît dormir moins qu’il ne le devrait, elle invite à se poser deux questions : l’enfant arrive-t-il bien à enchaîner les cycles de sommeil (cycles de 50-60 minutes chez les bébés) ? Son environnement de vie réunit-il les conditions nécessaires à l’endormissement ? Et propose quelques conseils pour tenter d’y remédier :
– Rythmer le quotidien en adoptant une vie régulière et sécurisante. Certaines activités peuvent par exemple avoir lieu toujours au même moment de la journée (ex : le bain le matin).
– Le familiariser avec les marqueurs de la journée : lumière et obscurité. Les bébés n’ont pas peur du noir. La nuit, ils peuvent être couchés dans le noir complet, ce qui les aide à bien faire la différence jour/nuit, et ce d’autant plus que la mélatonine, l’hormone de l’endormissement, est sécrétée dans le noir.
– Apprendre à repérer ses signes de fatigue (il baille, se frotte les yeux, se touche le lobe de l’oreille, commence à s’énerver, à râler ou à pleurer d’une certaine façon…) et le coucher dès les premières manifestations, sans attendre l’épuisement.
Reconnaître le sommeil agité, dans lequel le bébé s’endort et qui, les premiers mois, compose 50% de son cycle de sommeil. L’enfant semble agité (mouvements brusques des bras et des pieds), bouge les yeux, grimace (mimiques de dégoût, de colère, sourires aux anges…), et parfois pleure. À ne pas confondre avec un vrai réveil, ou avec des manifestations d’un mal-être, et prendre l’enfant dans les bras, ce qui risquerait de vraiment le réveiller.

Sommeil de bébé : Mon bébé ne s’endort jamais seul

Une habitude prise trop vite, un endormissement au sein ou au biberon, une séparation précoce pour des raisons médicales… Les raisons qui peuvent amener à une telle situation sont nombreuses, mais généralement pas insurmontables.
 « Là encore, la première chose à faire, c’est d’apprendre à repérer les premiers signes de fatigue et coucher son enfant dès l’apparition de ceux-ci, afin qu’il tombe plus facilement dans le sommeil, sans faire de résistance, préconise la psychologue. De la même manière, il faut pouvoir poser un bébé qui a pris l’habitude de s’endormir en tétant avant de le voir sombrer dans le sommeil. Dès qu’il cesse de manger et commence à s’endormir, lui permettre de trouver seul le chemin du sommeil, dans son lit. Il doit sentir qu’il est séparé de sa maman au moment où il s’endort pour pouvoir apprendre à le supporter et ne pas être perdu dès qu’il se réveille. »
 Et si les difficultés persistent ? « Il va alors falloir creuser plus pour tenter de comprendre pourquoi ce bébé n’arrive pas à se séparer de ses parents, ou pourquoi ses parents n’arrivent pas à se séparer de lui (car c’est parfois là que se trouve la clé). Dès lors que les parents ne supportent plus cette situation et n’arrivent pas à y remédier, le mieux serait de consulter. »

Sommeil de bébé : Mon bébé se réveille encore la nuit

Avant six, voire huit mois, il n’est pas anormal qu’un bébé continue de se réveiller la nuit pour manger. Si certains font leurs nuits à trois semaines, d’autres mettent bien plus de temps. Néanmoins, passé ce délai, il est nécessaire de s’interroger :
Mange-t-il assez le soir ?
Se réveille-t-il vraiment, sans parvenir à se rendormir seul au bout de quelques minutes (il arrive que le passage d’un cycle à un autre soit un peu chahuté, mais que le bébé se rendorme de lui-même sans que les parents n’interviennent) ?
Est-il réveillé parce qu’il a perdu sa tétine ?
A-t-il suffisamment vu ses parents dans la journée et reçu sa dose d’affection ?
 « Une fois les questions d’alimentation réglées, c’est généralement du côté du quotidien qu’il faut aller chercher. Dans nos trains de vie surchargés, les nuits des enfants résonnent parfois des chagrins et des manques de la journée. Je ne dis pas cela pour culpabiliser les parents qui travaillent, juste pour qu’ils aient conscience qu’il est important de toujours réussir à prendre du temps pour leurs enfants. Ils nous obligent à nous arrêter, à nous mobiliser, à nous interroger. Pour leur bien-être, mais aussi pour le notre. »

Sommeil de bébé : Mon bébé se lève aux aurores

Un bébé qui se lève avec le chant du coq… Si certains parents n’en sont aucunement gênés, d’autres, moins matinaux, risquent vite d’y perdre pied.
 « Il me semble difficile de lutter contre un bébé trop matinal. Néanmoins, petit à petit et à force d’habitude, il est possible de le décaler pour qu’il se réveille moins tôt. C’est le plus souvent par faim qu’un bébé s’éveille. Il faut donc commencer par s’assurer qu’il reçoit quotidiennement la quantité de lait et de nourriture qui lui est nécessaire, et qui lui permettra de tenir des nuits plus longues. Ensuite, on pourra progressivement différer l’heure de son premier biberon. En le retardant chaque jour un peu plus. Cela lui permettra d’apprendre à supporter la frustration et l’attente. Plus il se montrera capable de supporter ces frustrations, plus l’on pourra différer l’heure du biberon, et, d’une certaine manière, le conditionner à manger plus tard, et donc, à se réveiller plus tard. »

Sommeil de bébé : Mon bébé ne dort que dans notre lit

Lorsque le partage du lit parental n’est pas une pratique délibérément choisie par les parents, celle-ci résulte souvent d’un moment de « faiblesse », d’une première fois trop vite transformée en mauvaise habitude. « Et cela peut arriver à n’importe qui, rassure Lyliane Nemet-Pier. La vie avec un nouveau-né est bouleversante, et la fatigue met parfois à mal les principes que l’on s’était fixés. »
Sa solution ? Trouver des compromis, et y aller progressivement. « Pourquoi ne pas mettre le lit du bébé dans la chambre des parents, pour les premiers temps ? Pour qu’il puisse apprendre à l’aimer, et aime y dormir. Il sera bien plus facile ensuite de le faire dormir dans une pièce seul s’il est dans ce lit qu’il connaît déjà. Il faudra ensuite lui permettre de s’habituer à cette autre pièce, sa chambre. Pour les siestes, les moments de jeu et de détente, puis, quand il vous semblera prêt, pour toute la nuit. »